Chère maëlle,
On se demande souvent si on exagère. On minimise. On compare. On se dit que d’autres ont plus besoin que nous, qu’on prend peut-être la place de quelqu’une d’autre.
On ne sait pas toujours qu’on vit de la violence. Parfois, on cherche de l’aide pour traverser une séparation, pour protéger ses enfants, pour ne pas avoir à retourner dans un milieu devenu trop lourd pendant une transition. D’autres fois, on ne sait même pas ce qu’on cherche. La seule chose qu’on sait, c’est que ça ne peut plus continuer comme avant. Ce n’est pas toujours clair au départ. Souvent, c’est en parlant, en étant accompagnée, qu’on commence à mettre des mots sur ce qu’on portait déjà, sans encore pouvoir le nommer.
La violence ne commence pas toujours par une grande scène. Elle ne se manifeste pas toujours par des coups ou des visites à l’hôpital. Elle s’installe lentement. Dans le doute. Dans l’isolement. Dans l’épuisement. Parfois, on ne sait même pas qu’on vit de la violence. La violence psychologique est plus difficile à reconnaître. D’autres fois, ce n’est pas un événement précis qui fait comprendre. C’est le fait de ne plus se reconnaître ou d’être à bout de ressources. Complètement seule.
Parfois, la violence ne s’arrête pas avec l’annonce de la séparation. Au contraire. Pour certaines femmes, c’est à ce moment-là que tout bascule. La peur prend une autre forme. L’inquiétude devient constante. On se demande si les enfants sont en sécurité. Si on l’est soi-même.
Pour certaines, le doute dure longtemps. Des années. Même après la séparation, l’emprise est encore là. Impossible de se libérer complètement. Chaque jour, elles appellent une intervenante, juste pour tenir, pour ventiler, pour ne pas sombrer. Jusqu’au moment où la peur de perdre leurs enfants est devenue trop grande pour continuer seule.
Derrière les fenêtres sécurisées d’une maison d’hébergement, on rencontre d’autres femmes comme nous. Des femmes fortes, engagées, professionnelles. Et pourtant, on se sent toutes impostrices d’être là. Comme si leur souffrance n’était jamais « assez ».
Dans les premières heures, les émotions se bousculent : le soulagement d’être en sécurité, la culpabilité d’être partie, la tristesse de ce qu’on laisse derrière, la peur de l’inconnu et de ce qui va arriver après. Il y a aussi l’incompréhension. Le choc de réaliser que ce qu’on croyait être une relation normale était en fait malsaine.
Et puis, il y a la rencontre. Des intervenantes spécialisées. Formées. Profondément humaines. C’est souvent dans ces moments-là que l’accueil fait toute la différence. Ici on peut simplement être là. Sans se justifier. Sans avoir à convaincre. Avec notre histoire, nos doutes, nos blessures et parfois nos enfants. Pour la première fois depuis longtemps, on n’a rien à prouver. On est crue. Et ça, ça change tout !
L’aide ne s’arrête pas à l’hébergement. On peut aussi être accompagnée sans y habiter. Que l’on soit en maison ou à l’externe, un soutien est offert avant, pendant et après la crise. Et lorsque c’est nécessaire, nos enfants ont eux aussi un espace pour être entendus et accompagnés. Parce que les enfants aussi subissent les impacts de la violence. Même lorsqu’elle ne leur est pas directement adressée. Le climat, la peur, l’instabilité laissent des traces. Leur offrir un espace à eux, ce n’est pas seulement les protéger. C’est les aider à comprendre. À mettre des mots. À se reconstruire, à leur rythme. Et avec le temps, à travers des rencontres et les suivis quelque chose change. Pas magiquement. Lentement. Comprendre devient un moment charnière. Parce que comprendre, c’est reprendre du pouvoir sur sa vie.
Ce n’est pas seulement un toit sur la tête. C’est un endroit où on peut enfin s’arrêter. Où l’on peut déposer ce qu’on porte depuis trop longtemps. C’est un accompagnement, un filet sécuritaire, quand tout semble s’effondrer en même temps et qu’on n’a plus la force de tenir seule. Un espace pour reprendre son souffle, doucement, à son rythme.
Aujourd’hui, je suis sortie de la violence. Ma vie n’est pas parfaite. Mais elle est à moi. J’arrive maintenant à reconnaître les signaux et à comprendre que je mérite mieux… et surtout que je ne suis pas seule. Si tu hésites encore, maëlle, si quelque chose en toi doute, peu importe ta situation ou la forme que prend la violence, tu as le droit d’être aidée.
Tu ne prends la place de personne.
Si ce texte fait écho à quelque chose en toi, ou à quelqu’une que tu connais, sache qu’il existe des ressources en Mauricie et au Centre-du-Québec. Demander de l’aide, ce n’est pas un aveu de faiblesse. C’est avoir le courage de dire ‘’c’est assez, je mérite mieux !’’. C’est souvent le premier pas vers la reprise de son pouvoir.
- Centre Asperimowin
- Le Far
- La Maison La Nacelle
- Maison De Connivence
- Le Toit de l’Amitié
- La Rose des Vents de Drummond
- Maison d’hébergement La Volte-Face
Leurs fiches détaillées sont disponibles sur www.maelle.info/ressource/maison-daide-et-dhebergement/#organismes (territoires, coordonnées et services offerts).